Est-il vrai que tout ce qui monte fini par redescendre?
En équilibre sur une petite pierre, loin de la rive, mon garçon avait pris une pause dans ses explorations pour admirer le paysage. Lorsqu’il s’est retourné pour revenir vers la plage, constatant que la marée s’était élevée, il s’exclama : « la roche sur laquelle j’ai marché pour venir est disparue! ». Nous avons bien ri, lui et moi, et il s’en est tiré en demeurant bien au sec malgré tout, simplement par des bonds un peu plus grands sur le chemin du retour. Heureusement pour lui… et pour mon téléphone qu’il avait en sa possession pour prendre des photos.

La marée monte et redescend. Ce fascinant phénomène est souvent utilisé pour créer des analogies avec les fluctuations boursières. Beaucoup craignent que ce qui monte finisse toujours par redescendre, ce qui les pousse à tenter d’acheter ou de vendre des actions au moment idéal. En observant de trop près les variations à court terme, il leur semble crucial de se retirer avant une baisse pour atteindre leurs objectifs financiers. Ils reconnaissent que la bourse a progressé sur des horizons à long terme, mais se demandent s’il est possible que la marée se retire un jour, et ne remonte jamais par la suite? Pour mettre ce risque en perspective, étudions aujourd’hui pourquoi la bourse monte avec le temps.
Qu’est-ce qui fait monter l’indice boursier?
Les indices (comme le S&P 500 ou le TSX Composite) sont constitués d’actions d’entreprises cotées en bourse, dont plusieurs sont en croissance au fil du temps. Quand les bénéfices de ces sociétés augmentent, les cours des actions finissent généralement par le refléter, tôt ou tard, ce qui fait grimper le niveau de l’indice.
La liste d’entreprises incluses dans l’indice change régulièrement. Les compagnies en faillite ou en difficulté, selon certains critères, sont retirées ou remplacées par des sociétés plus performantes. Ainsi, les indices sont en quelque sorte biaisés de façon structurelle vers la croissance, puisqu’ils conservent les gagnants.
L’indice peut-il croître si des dividendes sont versés?
Bien que plusieurs compagnies versent des dividendes, seule une fraction des bénéfices des entreprises de l’indice est distribuée. Avec la portion non distribuée (bénéfices non répartis), une entreprise peut financer des projets de croissance, acheter de nouveaux équipements, investir en recherche et développement, acquérir un compétiteur, etc. Bref, l’accumulation de bénéfices, de trimestre en trimestre, permet d’améliorer ou de grossir le bilan d’une compagnie et d’augmenter sa valeur.
Les liens entre l’économie réelle et la bourse
L’activité économique, mesurée par le niveau du Produit Intérieur Brut (PIB), exerce évidemment une influence significative sur l’activité des entreprises. Si le PIB augmente, plusieurs compagnies vendront plus de produits ou de services, réalisant ainsi plus de bénéfices, ce qui alimente leur croissance. La figure suivante illustre bien la trajectoire haussière commune du PIB (barres bleues) et de la bourse (courbe orange).
Croissance du PIB canadien et de l’indice S&P TSX Composite

Sources : Statistique Canada[i] et Refinitiv (janv. 1997 à déc. 2025)
Mais la croissance a-t-elle une limite?
Si la croissance de la bourse à long terme est étroitement liée à la croissance du PIB, la question devient alors : « pourquoi le PIB progresse-t-il à long terme? » Tout d’abord, voici un rappel à propos de cet indicateur économique. Le PIB est une mesure de la valeur totale des biens et services finaux produits dans un pays au cours d’une période donnée, généralement une année. Il est utilisé comme indicateur de la santé économique d’un pays et de son niveau de développement. La croissance du PIB à long terme s’explique par plusieurs facteurs interreliés, notamment :
1. Croissance de la population – Plus de personnes signifie plus de travailleurs et plus de consommateurs, ce qui augmente la production et la demande globale.
2. Progrès technologiques – Les innovations permettent de produire davantage avec les mêmes ressources.
3. Accumulation de capital – Les investissements dans les machines, les infrastructures et les technologies augmentent la capacité de production.
4. Amélioration de l’éducation et des compétences – Une main-d’œuvre plus qualifiée est plus productive, ce qui augmente la valeur ajoutée par travailleur.
5. Commerce international et investissements – L’ouverture aux marchés mondiaux, dans les pays qui encouragent le commerce international, permet aux entreprises d’accéder à de nouvelles ressources financières et technologiques.
6. Politiques économiques et institutions – Des politiques stables et efficaces (fiscales, monétaires, réglementaires) favorisent l’investissement et la croissance.
7. Innovation et entrepreneuriat – De nouvelles entreprises et idées créent de nouveaux produits, services et marchés, ce qui stimule l’activité économique. Même si certains secteurs ralentissent, d’autres émergent ou se transforment pour devenir plus productifs.
Conclusion
En somme, tout comme le niveau de l’eau dans un fleuve, la bourse fluctue. Mais son comportement est différent de celui des marées puisque sa trajectoire est haussière à long terme. Cette hausse s’explique notamment par la méthodologie de construction des indices et elle est soutenue par des fondamentaux en constante progression.
[i] Statistique Canada : Tableau 36-10-0491-01 Diffusions historiques (temps réel) du PIB aux prix de base, par industries, mensuel (x1 000 000)

